13 Avril 2021

Allocution d'Alexandre Kouznetsov, Сhef de la délégation russe, Délégué permanent de la Fédération de Russie auprès de l'Unesco, à la 211ème session du Conseil exécutif de l'Unesco, Paris, 13 avril 2021


Traduction non officielle du russe


 


 


Monsieur le Président, Madame la Directrice générale,


Monsieur le Président de la Conférence générale,


Chers membres du Conseil exécutif,


Il y a exactement 60 ans, le 12 avril 1961, le rêve le plus fantastique et le plus audacieux de l'humanité s'est réalisé : le vol dans l’espace. Le cosmonaute soviétique Youri Gagarine a fait le tour de la Terre en 108 minutes à bord du vaisseau spatial « Vostok ».


Cela s'est produit au plus fort de la guerre froide qui a divisé brutalement le monde en deux camps opposés. Or, le message global de paix et de solidarité de Gagarine a servi de signal pour surmonter les clivages et unir les efforts. Aujourd'hui encore, la Station spatiale internationale sert d’exemple de coopération efficace pour la réalisation des objectifs communs.


La même logique devrait être appliquée à la lutte contre le coronavirus. Comme l'a dit le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, nous devons «traiter tous les vaccins comme quelque chose qui peut nous unir». La Russie est prête à coopérer afin d'accélérer la formation de l'immunité collective.


Il est nécessaire de surmonter la logique de «l’identification ami ou ennemi» pour répondre efficacement à d'autres défis globaux. L'UNESCO est en mesure d'amener la coopération humanitaire internationale sur une nouvelle orbite. Cela ne peut être réalisé que dans le cadre d'un dialogue inclusif de tous les États membres, sans que l'un groupe de pays domine ou donne des leçons à un autre. A cet effet nous saluons et soutenons, Monsieur le Président, vos remarques concernant la nocivité de la politisation de l'UNESCO.


Nous espérons que c'est dans cet esprit que se dérouleront les négociations sur les principaux documents, la Stratégie à moyen terme et le Programme et le budget. Dans l'ensemble, nous sommes satisfaits de la qualité de la préparation des deux documents. Comme tout organisme vivant, l'UNESCO a naturellement besoin d'un réajustement constant, d'une adaptation à un monde en mutation rapide. Cependant, cela doit être fait conformément au Statut de l’Organisation et aux instruments juridiques internationaux universels dont la Déclaration universelle des droits de l'homme, en évitant la terminologie non consensuelle et le diktat idéologique.


Nous réaffirmons notre attachement à la priorité globale «Afrique». En ce qui concerne la priorité «Égalité des genres», nous nous basons sur sa conception consentie en tant qu'égalité des hommes et des femmes, des garçons et des filles.


La construction d’un avenir durable et pacifique est impossible sans le respect du passé. Des efforts supplémentaires doivent être consacrés à la protection des sites du patrimoine, y compris dans les situations de conflit armé. Nous espérons que l'UNESCO mobilisera son potentiel pour la restauration des monuments culturels en Syrie. Il est également important d'envoyer rapidement la mission d'évaluation de l'UNESCO dans la zone du Haut-Karabakh. Nous sommes convaincus que le travail de cette mission devra être de nature purement humanitaire et dépolitisée.


Nous soutenons les efforts de l'UNESCO visant à créer, sur la base consensuelle, un mécanisme efficace pour la mise en œuvre de la Convention internationale sur la lutte contre le dopage dans le sport. Nous saluons la compréhension acquise selon laquelle les Directives opérationnelles pour la Convention et le Cadre de conséquences en cas de non-conformité à celle-là, qui sont en cours d'élaboration, devraient aider les pays dans leur lutte contre le dopage et ne devraient pas être transformés en un instrument de sanction.


Nous attachons une grande importance à l'élaboration des recommandations sur l'éthique de l'intelligence artificielle et sur la science ouverte. Nous estimons qu’il est important de se conformer à la décision de la 40ème session de la Conférence générale sur le format présentiel des réunions intergouvernementales pertinentes. Si la situation sanitaire nécessite un format différent, cela devrait être décidé par les États membres.


Dans le contexte de la pandémie, nous avons commencé à nous heurter de plus en plus aux manifestations d'extrémisme, de racisme et de xénophobie, de discrimination à l'égard des minorités nationales et religieuses. Nous espérons que l'UNESCO condamnera les tentatives d'effacer de la mémoire des générations actuelles la vérité sur la Seconde Guerre mondiale, la «guerre contre les monuments» qui bat son plein, une politique ouverte de la glorification des criminels nazis.


L'UNESCO déclare son adhésion aux droits de l'homme dans le cadre de sa compétence, mais passe sous silence les violations des droits fondamentaux de millions de personnes, qu'il s'agisse d'un blocus de l'eau de la Crimée russe, de la discrimination contre les médias russophones, ou de l’interdiction de publication pour les écrivains d’une nationalité « non-conforme ». Il est inacceptable que la protection de la langue d’État s’accompagne de répressions contre des minorités nationales, comme c’est le cas en Ukraine et en Lettonie, en violation flagrante de la Convention 1960 sur la lutte contre la discrimination dans l’éducation.


Nous comptons sur une coopération active entre le Secrétariat et les structures médiatiques russes. L'histoire de la re-signature par l'UNESCO d'un mémorandum de coopération avec l'agence de presse « Spoutnik » qui dure déjà plusieurs années sur le toile de fond de sa persécution de fait dans un certain nombre de pays en tant que source alternative d'information, soulève des questions de la part de plusieurs millions de personnes qui font l’audience de cette agence. Nous appelons la Directrice générale à porter une attention particulière à cette situation.


Nous nous prononçons pour le développement de la régulation des réseaux sociaux afin de prévenir les actes de censure et de manipulation de l'opinion publique qui deviennent plus fréquents le dernier temps. Comme l'a souligné Sergueï Lavrov, «les États qui se sont engagés à garantir la liberté d'accès à l'information pour tous les citoyens doivent prouver par les faits leur capacité à y parvenir, et ne pas se cacher derrière les règles corporatives du secteur privé».


Nous saluons le lancement d’initiatives aussi importantes que la «Journée internationale de la géodiversité» et de la «Journée internationale des réserves de biosphère». La Russie est devenue l'un de leurs co-auteurs, se souvenant de l'appel du premier cosmonaute, qui a vu à quel point notre planète est belle depuis l'espace: "Préservons et améliorons cette beauté, ne la détruisons pas."


Je vous remercie de votre attention.