2 апреля 2012

Allocution de S. Exc. Dr Boutros BOUTROS-GHALI, ancien Secrétaire général de l’ONU,


Excellences,

Mesdames, Messieurs,

Je souhaiterais, avant toute chose, vous dire, combien je suis heureux, aujourd’hui, de partager avec vous l’honneur que me fait le Centre international de Roerichs à Moscou en me décernant ce Prix. Je veux vous assurer de ma profonde gratitude et vous adresser mes remerciements les plus chaleureux, tout en rendant hommage à mon tour, aux efforts déployés par le Centre international de Roerichs au service de la paix. Car la situation qui prévaut depuis quelques années requière, sans conteste, la mobilisation de tous, - de l’ONU, des organisations régionales, des organisations non gouvernementales, - en même temps qu’une approche nouvelle.

Chaque jour, ce sont à des guerres civiles, à des sécessions, à des partitions, à des affrontements ethniques, à des luttes tribales que nous devons faire face. Et nous savons bien que ces conflits d’un nouveau type sont aux antipodes des guerres classiques.

Ils affectent avant tout les populations civiles, dévastant les villes et les champs, sapant les institutions, détruisant les infrastructures, ruinant l’économie nationale, générant l’afflux de réfugiés ou de personnes déplacées.

Ils sont, le plus souvent, conduits non pas par des armées régulières, mais par des bandes plus ou moins organisées et plus ou moins contrôlées.

Pourtant, ces conflits, dont le règlement est souvent long, difficile et complexe, ne sont pas des conflits imprévisibles. La plupart d'entre eux couvent longtemps avant d’exploser et ces tensions latentes sont connues de tous. Mais force est de reconnaître que la Communauté internationale ne se mobilise que très rarement pour les contenir lorsqu’il serait temps de le faire.

Cette réalité nouvelle nous pose un certain nombre de questions : comment prendre en charge des pays en ruine qui ne savent plus se gouverner? Comment maintenir la paix dans des pays qui subissent des guerres sui generis ? Et surtout, comment prévenir ces nouveaux conflits qui ravagent le monde ?

Je considère, depuis longtemps, et par expérience, la prévention des conflits comme l’élément essentiel de la sécurité internationale.

C’est la raison pour laquelle, dès les premiers mois de mon mandat, en tant que Secrétaire général des Nations Unies, j’ai insisté sur l’importance de la diplomatie préventive dans le règlement des différends internationaux. Et dans l’Agenda pour la Paix que j’ai rédigé, en 1992, à l’intention du Conseil de sécurité, j’ai tenté d’élaborer les principes généraux d’une diplomatie préventive à l’échelle de l’organisation mondiale.

J’ai pu, malheureusement, mesurer combien il était difficile de mobiliser les Etats en faveur de cette diplomatie. La plupart d’entre eux, déjà réticents à envoyer des troupes lorsqu’un conflit ravage un pays, hésitent encore plus lorsque ce conflit n’a pas encore éclaté.

Mais la diplomatie préventive prend heureusement d’autres formes. Je pense notamment qu’il est indispensable de recevoir, le plus tôt possible, la meilleure information sur les zones de tension de façon à mettre en Suvre des politiques anticipatrices permettant d’éviter les crises. Les organisations régionales et les organisations non gouvernementales peuvent, en ce domaine, fournir un appui précieux.

La diplomatie préventive prend aussi, et souvent, des formes plus discrètes, pour ne pas dire plus secrètes. Là encore, nous connaissons aujourd’hui de nombreux exemples où des conflits ont été réglés ou sont en cours de règlement grâce aux bons offices, à la médiation ou à la conciliation d’organismes régionaux.

Mais je crois, aussi, que nous ne pourrons prévenir véritablement les nouveaux conflits qui apparaissent, de toutes parts, sur la scène internationale, que si nous avons une conception plus large et plus globale de la notion même de sécurité.

Dans cette perspective, l’action conduite en faveur du désarmement est un élément intrinsèque de cette nouvelle conception de la sécurité. Le micro-désarmement doit être mis en Suvre avec plus d’efficacité. Le commerce illicite des armes classiques, des armes conventionnelles, dont la profusion est en elle-même un facteur de guerre, et cela souvent dans les pays les plus pauvres, doit être enrayé. Les mines anti-personnel qui frappent sans discrimination, et souvent longtemps après la fin des hostilités, empêchant ainsi tout retour à une vie normale, doivent être éradiquées.

Enfin, je suis convaincu que les nouveaux conflits internationaux ne seront véritablement pris en charge par la Communauté internationale que si nous éliminons les causes profondes de leur naissance. Et ces causes sont largement de caractère économique et social. La pauvreté, le sous-développement endémique, la faiblesse ou l’inexistence des institutions, la dépendance et la précarité sont les principales sources de ces conflits. Paix, développement et démocratie sont indissociables et constituent les trois enjeux essentiels pour ce siècle commençant.

* * *

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi, pour conclure, de vous dire une nouvelle fois ma reconnaissance sincère et mais aussi ma confiance en l’avenir, car je sais, que chaque jour, se dressent des femmes et des hommes de bonne volonté déterminés à «préserver les générations futures du fléau de la guerre», et c’est avec eux que je veux aujourd’hui partager ce Prix.

Boutros Boutros-Ghali